BEAUTE SANTE

Je suis l’une de celles qui aiment avoir leur mari à leur côté au moment de l’accouchement. Et je veux dire quelque chose de très important

Mon mari et moi avons toujours été d’accord sur la façon dont on ferait face à l’accouchement et à sa participation à un tel événement. Il m’a accompagnée, tout simplement. J’estime que c’est la seule façon saine pour un homme de décider d’assister à un accouchement : inutile de l’obliger, de lui mettre la pression ou de lui dire de faire comme ses copains. Pas la peine non plus de le faire en réaction aux stéréotypes de la “masculinité”. C’était très simple : lui voulait juste naturellement être à mes côtés.

J’ai deux enfants et mon mari a été présent lors des deux naissances. Ce furent deux expériences très différentes, et aujourd’hui je souhaite en parler aux lectrices (et aux lecteurs courageux) de Sympa.

Ne pas avoir le choix

Mon premier accouchement a commencé dans le calme absolu jusqu’à ce que nous arrivions à l’hôpital. Là-bas, j’ai dû endurer un grand nombre d’interventions médicales inutiles, et le fait de donner le jour, moment censé être un souvenir heureux, est devenu une terrible épreuve.

Mon mari était avec moi dans la salle, mais les médecins ne lui permettaient pas de se rapprocher. Il était trop jeune et timide pour leur dire quoi que ce soit, et il s’est contenté de rester dans un coin, désarmé et se sentant inutile. Certains disaient qu’il fallait déclencher les contractions pour ne pas faire de mal à notre bébé. D’autres estimaient qu’il fallait attendre jusqu’au changement de tour de garde. Et moi, j’étais attachée au lit avec toutes sortes de capteurs et de câbles, supportant une douleur indicible, avec les lèvres gercées, et suppliant pour une gorgée d’eau.

La question se pose alors : comment un homme peut-il aimer assister à un truc pareil ?

L’une des principales demandes actuelles quand tu choisis un hôpital pour donner la vie à ton enfant est de savoir dans quelle mesure tu pourras décider librement des conditions de ton accouchement. Car de fait, dans de nombreuses maternités, les femmes n’ont aucune marge de manœuvre concernant la manière dont elles vont donner la vie. Malheureusement, nous sommes nombreuses à le découvrir à travers notre propre expérience.

Aucun être vivant ne peut donner la vie à son bébé si on l’attache et si on l’empêche de bouger. Et chaque femelle est libre de choisir la position la plus confortable et indolore pour elle. Chaque femelle, sauf la femme, l’Humaine. La femme du XXIe siècle accouche dans une position confortable pour la sage-femme, et non pour elle-même. Voici un exemple de la façon dont le progrès, au lieu d’avancer, recule. Par exemple, l’accouchement vertical est aujourd’hui à la mode mais, en fait, il était déjà pratiqué au XVIIe siècle.

Je vais tenter de me faire comprendre avec un autre exemple pour ceux qui ne comprennent pas pourquoi un acte chirurgical pendant l’accouchement peut ne pas du tout te faire du bien : imagine qu’on t’a emmené à l’hôpital pour te réaliser une appendicectomie. Sauf que tu n’étais pas du tout en train de faire une appendicite… Mais on ne t’a rien expliqué, on n’a rien confirmé, on t’a juste enlevé ton appendice, tout simplement. Car il s’agit d’un protocole implicite : c’est du “juste au cas où”. Et on ne va pas forcément te prévenir de ce qu’on te fait. Pourtant toi, ensuite, tu dois récupérer, désinfecter les points de suture et avoir mal pendant longtemps. Dans le meilleur des cas.

Eh bien, voici ce que les femmes doivent supporter lorsqu’elles subissent des procédures obstétricales de routine (je veux dire par là, les gestes médicaux auxquels on procède lors de l’accouchement sans une indication médicale évidente — car je ne prône évidemment pas le refus de l’assistance médicale si c’est vraiment nécessaire).

Un homme aimera-t-il voir la souffrance de sa femme ? Mon pauvre mari était effrayé, abasourdi. Il était paralysé par la maltraitance des médecins, il ne s’y attendait pas. L’accouchement en soi ne l’a pas perturbé, mais plutôt la façon dont cette procédure a été réalisée dans cet hôpital particulièrement.

La première personne à le voir juste après, ce fut ma mère. Elle me raconta plus tard qu’il était vert, au sens propre du terme. Il était stressé et il n’a ni mangé ni dormi jusqu’à ce que l’on rentre chez nous.

Tentative numéro deux

La manière dont s’est déroulé le premier accouchement a évidemment une forte influence sur le second. En effet, si le premier a été difficile, tu peux te détester toi-même, ton mari, le monde entier et même ton enfant. C’est quelque chose que l’on a beau répéter et répéter, les gens ne prennent pas assez en compte cet aspect des choses. Moi, j’ai repassé dans ma mémoire ce jour-là 1000 fois, essayant de changer ce qui s’était passé. J’ai essayé de le transformer en un jour qui était censé être heureux. Mais… c’est vraiment difficile.

Savais-tu que les hommes peuvent être atteints, eux aussi, des dépressions post-partum ?

C’est peut-être lié au changement du rythme de vie, ou au fait d’avoir assisté à un accouchement où les choses ne se sont pas passées comme prévu, et de ne pas avoir pu aider. Le fait de placer son mari dans la position d’observateur impuissant est une très mauvaise idée.

Car un bel accouchement offre au contraire l’opportunité de partager avec son mari un moment hallucinant. Un accouchement réellement partagé et apaisé, vraiment vécu à 2 est le meilleur moyen de l’impliquer joliment dans le processus.

Les hommes ne sont pas aussi observateurs que les femmes : ils sont, pour ainsi dire, des débutants dans toutes les situations. Si on leur permet donc d’aider lors d’un accouchement, ils vivront une expérience qu’ils ne pourront jamais comparer à quoi que ce soit.

La deuxième fois, notre sage-femme et notre médecin ne le savaient pas, mais nous avons mis beaucoup de temps à les choisir afin que le deuxième accouchement fût une rééducation du premier. Et ils ont maîtrisé la situation avec beaucoup plus de liberté et de tendresse.

Mon mari me soutenait lorsque c’était nécessaire, pendant les contractions par exemple. Quand j’étais mieux sans lui, il se mettait à l’écart. Mais la sage-femme l’impliquait au maximum. Et tout s’est avéré très intéressant pour lui. C’était de la pure adrénaline, un énorme flux d’énergie, et il a pu y participer à 100 %, comme pour l’ensemble du processus, depuis la conception jusqu’au dernier jour de la grossesse.

L’homme a beau être capable de distinguer les évolutions de rapports de pouvoir chez les élites, d’apprendre plusieurs langues, d’être épanoui professionnellement, de respecter et soutenir sincèrement le féminisme, le jour où il assiste à un accouchement, il ne sait plus rien. Tout à coup, il découvre tout cela chez une femme, de la façon la plus primitive possible et, en même temps, sous la forme la plus élevée du langage. Il peut voir comment naissent à la fois, devant lui, un enfant et une mère.

Il faut toutefois songer au fait que, pour un grand nombre de femmes, la présence de leur mari lors de l’accouchement est un facteur de stress supplémentaire. Et ceci ne fait qu’indiquer à quel point ils sont (ou pas) fusionnels. Si tu n’éprouves pas de honte devant ton mari, peu importe la situation ; si aucune distance ne vous sépare ; si vous êtes un seul être et qu’il n’existe pas de secrets entre vous deux, comme si vous vous connaissiez depuis un demi-siècle, cette expérience peut devenir l’un des événements plus touchants et palpitants de votre vie de couple.

Par contre, si votre relation est construite autrement, si l’espace personnel de chacun occupe une place importante dans la relation et s’il est indispensable pour vous de garder vos distances, sa présence peut rendre la situation assez tendue. Et toute tension lors de cet événement ne fait que prolonger le processus.

Aussi les obstétriciens expérimentés disent que parfois, il vaut mieux que le mari attende dehors. Parfois, la femme éprouve certes une douleur insupportable… mais dès que son mari sort, cette douleur est plus facile à endurer. Cette augmentation de la douleur pendant l’accouchement partagé a fait l’objet d’une recherche scientifique. Et la conclusion a été toujours la même : la douleur n’augmente pas à cause de la présence du mari en soi, mais à cause d’une union insuffisante au sein du couple, faisant que la femme ne puisse pas se détendre à 100% en la présence de son mari, surtout parce qu’elle a l’impression qu’à ce moment-là, elle cesse d’être attrayante pour lui.

La laideur, justement. J’ai au contraire entendu beaucoup d’hommes dire qu’ils n’avaient jamais vu rien de plus beau que leur femme en train de donner la vie à leur enfant. Et ce sont ceux qui ont assisté à ce processus qui l’ont dit. Ceux qui se limitaient à observer, sans bouger, les actes des médecins, ne se souvenaient pas de la beauté de leur femme mais plutôt de la tension qu’ils ressentaient en attendant que cette situation touche fin. Mon mari a vécu les deux expériences. La première fois, la naissance de notre fils l’a soulagé, mais il n’a éprouvé aucun plaisir, bien au contraire, il a éprouvé un choc terrible. La deuxième fois, le processus et le résultat étaient empreints de beauté.

La nouvelle vie

Quand j’étais en récupération, dans la chambre d’à côté, il y avait deux hommes. Oui, au début moi aussi j’ai pensé avoir mal entendu…

Leurs bébés étaient nés un peu avant terme, et leurs femmes étaient encore aux soins intensifs. Les deux hommes terminaient donc de “réaliser la gestation” de leurs enfants : ils mettaient leur porte-bébé, ils les soignaient, ils nourrissaient leurs enfants. Si c’était possible, ils les emmenaient voir leur femme pour que celle-ci puisse les allaiter. Cette façon de procéder n’est possible que dans certains hôpitaux, quoique leur nombre augmente de plus en plus à l’heure actuelle. Qui oserait encore penser aujourd’hui que le fait de s’occuper de leur enfant si maman ne peut pas le faire n’est pas une affaire d’hommes ?

Le contact “peau à peau” (quand le corps nu de l’enfant est collé au corps nu d’un adulte) est important dès les premières minutes de vie, notamment chez les prématurés. Ceci peut améliorer de manière notable la condition d’un grand prématuré, voire lui sauver la vie. Et si l’homme assiste à l’accouchement ou à la chirurgie (de nos jours les hommes peuvent assister aussi à une césarienne), il pourra fournir ce contact immédiatement, pendant que la mère récupère. Les gens ne pensent pas souvent à cette réalité : la présence de l’homme peut s’avérer être absolument nécessaire à l’hôpital, aussi bien pour sa femme que pour son enfant.

Beaucoup de femmes prévoient que leur mari soit présent pendant le travail, mais qu’au moment de l’accouchement, il attende dehors. La plupart de ces intentions finissent cependant par être oubliées, car toutes les craintes disparaissent pendant le processus. Les femmes n’éprouvent plus aucune gène, et les hommes ne veulent pas rater cet événement exceptionnel.

Mon mari ne m’a jamais montré son amour avec autant de ferveur que lors du deuxième accouchement. Il était halluciné, fasciné, surpris, et cette fois-ci, il ne s’était pas contenté d’observer, mais il avait décidé d’être partie prenante de la naissance d’une nouvelle vie. Quand je regardais ses yeux ébahis, tous les préjugés qui affirment qu’un homme ne devrait pas être présents lors de ce moment crucial, ont disparu en une seconde.

J’ai donc accouché dans les bras de mon mari. Il ne s’agissait pas de couper le cordon ombilical et être le premier, après la sage-femme, à le porter dans ses bras. Il ne s’agissait pas non plus de ces tendres moments entre le père et l’enfant (des yeux masculins remplis de larmes de bonheur, on peut en voir des centaines sur Internet).

Ce n’était pas non plus du féminisme ou une tentative de “domination de l’homme”, comme ceux qui n’approuvent pas l’accouchement partagé l’appellent. Ce n’est pas une question de savoir si je peux ou je dois me débrouiller toute seule.

Il s’agissait juste de notre relation. De savoir que, peu importe à quel point ma douleur était insupportable et déchirante, il ne me quitterait pas, il ne hausserait pas les épaules pour aller boire un coup avec ses copains. Il serait là, au moment précis, et il me soutiendrait.

Bonus : ce que les hommes en pensent

En avril de cette année, Dwayne “The Rock” Johnson, la personnification de la masculinité made in Hollywood, est devenu père pour la troisième fois. Dwayne a assisté à l’accouchement de sa femme, et c’est ainsi qu’il a décrit son expérience :

“Le contact peau à peau. Une bénédiction.
Je me sens béni et fier d’avoir aidé à donner la vie à une autre petite fille très forte.
Tiana Gia Johnson est arrivée au monde comme une force de la nature, et sa mère Lauren a accouché comme une vraie rock star.
Pendant toute ma vie, j’ai été entouré des plus belles femmes, mais quand Tiana est née… j’ai du mal à exprimer l’amour que j’ai ressenti, le respect et l’admiration que j’’ai éprouvé pour Lauren et pour toutes les mamans et les femmes.

Des mots sages, en effet. Il est important d’être au chevet du lit de ta femme lorsqu’elle est en train d’accoucher. Il est important de soutenir ses bras, ses jambes, être là pour elle, à tout moment. Si tu veux vivre l’un des moments les plus forts et fondamentaux de la vie, c’est bien la naissance d’un bébé, alors lance-toi. Cette expérience changera ta vie. Et ton respect et ton admiration pour les femmes n’auront désormais plus aucune limite.

Tiana, je te promets de t’aimer tout comme j’aime tes sœurs aînées ; je te promets de te protéger, de te guider et de te faire rire tant que je serai vivant. Ton père a tout un tas de rôles, mais celui de papa sera sans aucun doute le plus important de ma vie, et celui dont je serai le plus fier”.

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